La photographie comme fiction
 
C’est rare quand la photographie me convient au premier regard ; il faut qu’elle dégage une atmosphère spéciale, que les couleurs soient étranges, le moment de la journée entre chien et loup par exemple, qui rend toutes les choses un peu irréelles.
La réalité ne m’intéresse pas complètement. J’ai besoin de créer autre chose. Je me crée des répertoires de photographies que j ’assemble ensuite. Devant l’écran de l’ordinateur, j’utilise des clichés sans considération d’unité de lieu ou de temps. Ce sont surtout des vues urbaines car c’est dans la ville que je me trouve le plus souvent. Je ne cherche pas des lieux, j’utilise ceux que je vois dans mon quotidien. Ce sont des sujets ordinaires et qui n’en offrent pas moins une richesse inépuisable.
Ensuite, devant l’ordinateur, je travaille comme le peintre qui réfléchit à la composition, au dessin, à la couleur. Les photographies sont assemblées en fonction de ces critères et aussi pour le sens de ce qu’elles donnent à voir. J’aime imaginer des paysages qui n’existent pas et qui sont pourtant photographiés. Je crée des paysages à partir de fragments du réel. Je ne cherche pas à donner l’illusion de la réalité ; les changements d’échelle, les cassures, les jonctions improbables soulignent le travail de collage. C’est comme faire du montage au cinéma : choisir des plans, les mettre bout à bout pour raconter une histoire, une fiction.

J.Clémente, 2008
Die Fotografie als Fiktion

Die fotografischen Zusammenstellungen beachten weder die Einheit des Ortes noch die der Zeit. Verwendet habe ich Aufnahmen meiner Umgebung oder der Städte, in denen ich mich kurz aufgehalten habe, eigentlich gewöhnliche Orte. Diese Materialien sind wie Fetzen, Stücke, Fragmente, aus denen ich etwas zusammenstellen werde. Ich ordne die Fotos in Verzeichnisse und stelle sie zusammen, ich benutze sie als Rohstoff.

Auf dem Computerbildschirm überlege ich mir die Zusammenstellung, die Zeichnung, die Farbe. Ich arbeite auch ein bisschen wie ein Modellzeichner, der eine dreidimensionale Welt erfindet. Die Fotografien werden bezüglich dieser Kriterien zusammengesetzt. Dabei wird auch der Sinn beachtet, der aus ihnen ersichtlich ist. Es handelt sich um ein Spiel mit der Konstruktion. Ich stelle mir gern Landschaften vor, die nicht existieren und trotzdem aufgenommen wurden. Ich will dabei nicht die Illusion der Realität wiedergeben. Die Veränderungen im Maßstab, die Brüche, die unwahrscheinlichen Verbindungen unterstreichen die Collage-Arbeit. Das ist vergleichbar mit dem Schnitt in der Filmkunst: man wählt Einstellungen aus, man reiht sie aneinander, um eine Geschichte, um eine Fiktion zu erzählen.

Jocelyne Clémente im September 2008

Traduction Christine Gros assistée de Kathrin Kleve